Le Moniteur du MDP et de la MOC - Vol 6. Numéro 9 - 30 avril 2008
Published: 30 Apr 2008 12:00 CET
Last updated: 09 May 2008 12:00 CET
Ce numéro du Moniteur du MDP et de la MOC s’intéresse à la demande potentielle en URCE des États-Unis et aux cas d’application de l’approche sectorielle pour les futures obligations de réduction des émissions. Il analyse aussi les informations les plus récentes et l'évolution des marchés du MDP et de la MOC.
Les États-Unis vont-ils se laisser convaincre par le MDP ?
Commentaire sur le marché du MDP
Le manque de vérificateurs et la lenteur du processus de validation retardent les nouveaux projets MDP
Il reste de nombreux obstacles sur la route de la MOC en Russie, préviennent des acteurs du marché
Le responsable de la CCNUCC appelle à un nouvel accord sur le transfert de technologies
L’Ukraine abandonne ses projets de prix plancher pour les crédits MOC
La Norvège reçoit des soumissions représentant 90 millions de crédits MDP à l’occasion d’un appel d’offres
Tribune Libre - L’approche sectorielle – dans quels cas faut-il l'appliquer ?-Par Jorund Buen, Directeur, Point Carbon
Selon Kedin Kilgore, de la banque d’affaires américaine JP Morgan, qui est intervenu pendant une conférence à Toronto le 28 avril dernier, la principale proposition visant à créer un système de cap-and-trade aux États-Unis, le projet de loi Lieberman-Warner, entraînerait une demande annuelle de crédits carbone située entre 800 millions et 1 milliard d’unités par an.
Dans la version actuelle du projet de loi, qui doit être débattue au Sénat américain début juin, les entreprises relevant du système d'échange de quotas d'émissions seront autorisées à couvrir 15 % de leurs émissions par des crédits générés par des projets nationaux, et 15% de plus par des crédits internationaux.
Selon la plupart des observateurs, si les acheteurs américains soumis à des obligations de conformité sont autorisés à accéder au marché MDP, ceci aura un impact significatif sur la demande en URCE (et leurs cours).
La demande pourrait déjà apparaître avant 2012, et augmenter ainsi les coûts de conformité pour les entreprises de l’UE participant au système communautaire d’échange de quotas et pour les gouvernements visant à respecter leurs obligations dans le cadre du protocole de Kyoto.
Toutefois, le projet de loi Lieberman-Warner, sous sa forme actuelle, n'autoriserait que l'importation de crédits générés ou émis dans des pays disposant déjà de systèmes d'échanges de quotas équivalents ou plus stricts que celui des États-Unis.
Ceci empêche dans les faits les entreprises américaines d’utiliser des URCE à des fins de conformité au niveau national, dans la mesure où les pays en développement accueillant des projets MDP n’ont pas de plafonds nationaux d’émissions de GES. On ne sait pas encore quelles seront les répercussions pour les crédits des projets de Mise en œuvre conjointe.
Néanmoins, selon Lenny Hochschild, directeur général du département des émissions américaines de GES du courtier en produits environnementaux Evolution Markets, certaines des plus grandes banques d’affaires américaines échangent des URCE depuis déjà plusieurs années, et d’autres commencent à suivre leur exemple.
« Les URCE suscitent un intérêt croissant aux États-Unis, bien au-delà des banques d’affaires. Il y a des entités qui sont déjà actives sur le marché sans toutefois que le niveau ne s’approche de celui de l’UE. Il y a aussi beaucoup de gens qui ont fait savoir qu’ils vont intensifier leurs activités MDP d’ici à la fin 2008 ou de l’année prochaine », a-t-il indiqué à Point Carbon.
« Les entreprises américaines actives sur le marché MDP actuellement sont principalement des sociétés de courtage. Il ne s’agit pas d’utilisateurs finaux soumis à des obligations de conformité et cela ne présenterait aucun intérêt pour eux (de négocier des URCE) actuellement, avant que les règles ne soient établies », a-t-il ajouté.
La grande question du moment aux États-Unis est de savoir si le projet de loi Lieberman-Warner sera ajusté de façon à autoriser les entreprises américaines à utiliser des crédits MDP à des fins de conformité.
L’Agence de protection de l’environnement (EPA) a publié récemment un rapport qui montre que le prix estimé des crédits carbone dans le cadre du système d'échange de carbone Lieberman-Warner pourrait baisser de près de 71 pour cent si les entreprises étaient habilitées à utiliser une quantité illimitée de crédits carbone internationaux.
« Il semble que nous soyons en train d’abandonner l’isolationisme en ce qui concerne les restrictions d’utilisation des crédits internationaux », a expliqué Lew Nash, Directeur exécutif de Morgan Stanley lors d'une conférence à New York au début du mois.
« Nous sommes loin de savoir à quoi va ressembler la législation définitive. Je pense qu’il est très peu probable que le projet de loi Lieberman-Warner soit voté par le Congrès cette année. C’est toutefois un très bon exercice pour trouver la forme que prendra la législation, et il se pourrait bien qu'on assiste après l’été à une recrudescence de l’activité sur ce thème », estime pour sa part L. Hochschild, de Evolution Markets.
Les participants potentiels au marché font actuellement pression sur le Congrès, via des organisations comme l’International Emissions Trading Association (Ieta), pour qu’il autorise l’utilisation des URCE. Cependant, des observateurs expliquent que les États-Unis risquent d’utiliser le MDP comme monnaie d’échange avec la Chine et d’autres pays en développement grands émetteurs de GES, afin de les amener à accepter des objectifs d’émissions après 2012.
Le directeur général de Point Carbon Amérique du Nord, Véronique Bugnion, remarque qu'un système fédéral aux États-Unis pourrait avoir un impact indirect sur le marché de Kyoto.
« Il pourrait créer indirectement une demande supplémentaire en URCE ou en URE si une certaine partie des quotas européens partent en direction des États-Unis et sont remplacés par des URCE/URE supplémentaires en Europe », explique-t-elle.
« Mais ceci reste très hypothétique, pour au moins deux raisons. D’abord, il faudrait que les prix des quotas soient plus élevés aux États-Unis qu’en Europe pour que les entités américaines aient intérêt à utiliser les quotas européens à des fins de conformité. Deuxièmement, de nombreuses entités européennes cherchent peut-être déjà à exploiter au maximum l'utilisation d'URCE pour assurer leur conformité avec le SCEQE et ne disposent d’aucune souplesse pour acheter des crédits supplémentaires », ajoute-t-elle.
Dispositifs régionaux
Même si la forme définitive d’un marché fédéral américain n’est pas encore arrêtée et que son lancement n’est prévu que dans quelques années (2012 étant la date de démarrage prévue par le projet de loi Lieberman-Warner), des systèmes régionaux de cap-and-trade voient actuellement le jour sur les deux côtes des États-Unis, ce qui pourrait susciter une demande immédiate en crédits Kyoto plus importante.
L’initiative régionale sur les GES (Regional Greenhouse Gas Initiative - RGGI), qui prévoit un plafonnement des émissions des centrales fixes dans 10 États du Nord-Est des États-Unis, sera lancée le 1er janvier 2009.
« La RGGI comporte une clause qui autorise les émetteurs à utiliser des crédits internationaux (quotas européens et URCE) à hauteur de 10 pour cent de leurs obligations de conformité, mais seulement si les prix dépassent 10 $/t pendant plus d’un an. Les premières transactions se sont situées aux alentours de 7 $ », explique V. Bugnion.
« Ceci implique que toute demande potentielle ne commencera pas avant 2010, et probablement plus tard du fait du décalage introduit par le prix de déclenchement », précise-t-elle.
Même si les participants à la RGGI achetaient la totalité des 10 pour cent qu’ils ont le droit d’acquérir sur le marché MDP, la demande annuelle s'éleverait toujours à moins de 20 millions d'URCE.
En terme de volumes, le potentiel est supérieur dans le système en cours de mise en place dans sept États de l’Ouest et trois provinces canadiennes, intitulé Western Climate Initiative (WCI), qui doit être introduit en 2010.
Les concepteurs du système n’ont que rarement mentionné le MDP. Cependant lors d’une visite en Chine ce mois-ci, Linda Adams, secrétaire de l’EPA en Californie (le plus gros émetteur participant au WCI) a écrit sur son blog :
« Au fur et à mesure que la Californie élabore son programme de lutte contre le changement climatique, comme l’exige la loi de l’État contre le réchauffement climatique, les responsables politiques vont commencer à réfléchir à l’opportunité d’inclure l’utilisation des crédits du type de ceux qui sont achetés au travers du MDP par des pays qui ont signé le protocole de Kyoto. »
Les règles de la WCI seront finalisées en janvier 2009. Pour le moment, les courtiers basés aux États-Unis se positionnent pour tirer parti des crédits carbone onusiens. S’ils obtiennent le feu vert, l’impact sur le marché pourrait être énorme.
1- Nouveau depuis le 16 avril 2008.2 -Dont 41 projets devant faire l’objet d’un examen par le CE, 6 projets en cours d’examen, 43 projets pour lesquels des corrections ont été demandées, 63 projets rejetés et 14 projets retirés.
3 - Nombre total de méthodologies soumises à la CCNUCC, notamment Boisement /Reboisement (B/R) et méthodologies de projets à petite échelle. Les versions révisées des soumissions antérieures ne sont pas incluses.
4 - Dont 10 méthodologies de B/R, 3 méthodologies AR-AMS (méthodologie approuvée pour les petits projets), 33 méthodologies de petits projets et 14 méthodologies consolidées approuvées.
5 - Méthodologies dont le statut est actuellement “B”, ce qui signifie qu’elles doivent faire l’objet d’une révision et être soumises à nouveau à la CCNUCC.
6 - Méthodologies dont le statut est “C”, non approuvées par le Conseil Exécutif du MDP. Dont 20 méthodologies de B/R. De plus, 34 méthodologies ont été retirées.
7 097 projets MDP et MOC sont désormais recensés dans la base de données de projets de Point Carbon. Parmi ceux-ci, 3 908 projets, qui représentent une réduction potentielle de 3 394 MteqCO2 d'ici à 2012, ont atteint le stade du Document descriptif de projet (DDP).


Les URCE secondaires avec livraison au 1er décembre 2008 n’ont pas réussi à quitter une zone de prix située entre 15,80 et 16,40 €. C’est en effet à ce niveau que toutes les transactions se sont effectuées pendant l'essentiel du mois d'avril et elles se sont cloturées le 29 avril à 15,95 €.
Selon les opérateurs, le peu de mouvements sur le marché secondaire s’expliquerait essentiellement par des signaux contradictoires qui génèrent une incertitude sur l'évolution des prix.
Selon les dires d'un opérateur, « le marché secondaire est tiraillé entre, d’une part, la peur d'une livraison inférieure aux prévisions et d’un échec de l’enregistrement des projets, qui crée d’emblée une pression à la hausse, et, d’autre part, l'absence de connexion entre le CITL et l'ITL.»
L’absence de connexion entre le registre carbone de l’ONU (ITL) et son équivalent pour l’UE (CITL) alimente les doutes quant à la possibilité de transférer réellement les URCE à partir de décembre, ce qui freine les ardeurs haussières.
Certains opérateurs estiment qu’une augmentation du nombre des URCE réellement délivrées par le CE MDP contribue à une baisse des cours.
Les URCE primaires restent proposées dans une fourchette allant de 8,50 à 13 €, soit un niveau pratiquement inchangé au cours des six derniers mois.
Certains opérateurs soutiennent qu’un prix de 13 € pour des URCE primaires était excessif, car la différence de 3 € entre crédits délivrés et non délivrés ne laisse pas grand-chose aux acheteurs en échange de leur prise de risque.
D’autres opérateurs font valoir que certains types de projets, comme les projets de destruction du HFC 23 déjà enregistrés, justifient qu’ils obtiennent des prix proches de ceux des URCE secondaires.

Selon des vérificateurs et des développeurs interrogés par Point Carbon, les développeurs de projets de réduction des émissions sont actuellement confrontés à des retards de plus en plus importants dans le processus d'approbation de leurs projets par le CE MDP, du fait d'un manque de vérificateurs disponibles pour la nécessaire validation des avantages environnementaux de chaque projet.
Actuellement, un peu plus de 1000 projets MDP ont été approuvés par le CE MDP, et ce mécanisme onusien présente un potentiel de développement considérable, selon les développeurs.
Cependant, du fait d’un manque de vérificateurs qualifiés, conjugué à un allongement du délai nécessaire pour l’approbation des projets (une procédure appelée « validation »), la plupart des projets sont confrontés à un temps d’attente d’au moins trois mois et certaines fois encore plus.
En effet, selon des vérificateurs et développeurs de projets, les projets se heurtent à des délais d'attente encore plus longs dans certains pays ou régions, notamment en Chine, du fait de l'augmentation de la demande de services.
Bruce Usher, directeur général du développeur de projets Ecosecurities, coté à la bourse de Londres, a mis le feu aux poudres sur le problème des retards d'enregistrement des projets en déclarant au Sunday Times, le 27 avril dernier, que dans certains cas le temps d'attente pour obtenir un vérificateur pouvait aller jusqu'à 12 mois.
Cette affirmation a été réfutée par les vérificateurs, qui ont toutefois admis que les temps d’attente augmentaient.
« Je dirais que 12 mois semble un peu trop long et probablement quelque peu exagéré. Si vous avez besoin de quelqu’un immédiatement ou dans le mois qui suit, il y a effectivement peu de chance de l'obtenir. Cependant vous devriez certainement pouvoir avoir quelqu'un dans les trois mois», précise Robert Dornau, directeur du programme changement climatique chez SGS, un vérificateur.
« Le délai est certainement en train d’augmenter, et le problème est la durée qui est actuellement nécessaire pour faire valider les projets. Les règles du MDP sont si strictes maintenant qu’il faut beaucoup plus de temps pour boucler les projets. Avec une forte augmentation du nombre de projets et un manque de vérificateurs qualifiés, les temps d’attente seront toujours un problème », indique pour sa part un autre vérificateur qui a demandé à conserver l’anonymat.
Toutefois, la durée du retard dépend largement du type de projet qui doit être validé, de son emplacement, et, de façon plus controversée, de la contrepartie et de la qualité du document descriptif de projet.
« C’est en Chine que le temps d'attente est le plus long mais, même en Chine, vous parviendrez à trouver un vérificateur dans les trois mois »", estime R. Dornau de SGS.
Interrogée sur les régions ou pays où il est plus difficile de trouver une EOD, Belinda Kinkead, directrice chargée de la mise en œuvre chez Ecosecurities, répond : « La Chine. »
« Il est beaucoup plus difficile de déposer un projet auprès des EOD en Chine. En Chine, si vous avez quelque chose arrive à la dernière minute, vous n'avez aucune chance. Il semble que la situation soit actuellement en train de s’aggraver », ajoute-t-elle.
Selon elle, la situation tient à un manque de personnel à un moment où le marché est en expansion rapide.
La Chine est le pays qui accueille le plus grand nombre de projets MDP dans le monde, et la vitesse à laquelle arrivent de nouveaux projets ne fait qu’augmenter. Sur un total de 1 032 projets enregistrés au niveau mondial, 200 sont situés en Chine.
La Russie commence enfin à attirer plus d’investissements étrangers sur des projets de réduction des émissions de GES, suite à la mise en application par le gouvernement, en mars dernier, des principaux textes de loi nécessaires à l’autorisation des échanges de crédits carbone.
Sur les 130 projets qui ont été soumis à l’approbation de l’agence onusienne chargée de la MOC (CSMOC) à ce jour, la plupart sont situés en Russie, et les acheteurs de crédits Kyoto espèrent qu’il s’agit de l’amorce d’un riche filon de réductions d’émissions meilleur marché que celles du MDP.
Cependant, pour les investisseurs, qui mettent en avant les risques importants des projets visant à l’obtention de crédits carbone en Russie, il y a de bonnes raisons pour que les crédits MOC, connus sous le nom d’URE, soient moins chers.
« Outre l’éventualité de retards importants dans l'approbation des projets et la délivrance des crédits carbone, il y a un risque important que la MOC en Russie soit sujette aux mêmes risques que les autres activités commercialesen Russie. Le risque de contrepartie reste très élevé. Par conséquent, la plupart des investisseurs n’ont pas très envie de signer un contrat pour une livraison sur une période de cinq ans », explique un opérateur.
De plus, selon certains développeurs de projets, même si la Russie a mis en place le cadre juridique nécessaire à l’approbation des projets fin janvier, des obstacles bureaucratiques importants jalonnent encore la procédure de délivrance de crédits carbone pour les projets de réduction des GES.
« Je pense que le principal risque est le retard dans le lancement des projets, qui peut venir de la bureaucratie à la fois au niveau régional et au niveau fédéral. Cela peut aboutir à une contraction significative du volume des réductions d’émissions qui seront effectivement enregistrées », précise Alex Klimanov de C6 Capital, un développeur de projets MOC en Russie.
Les quelque 85 projets MOC russes qui ont été soumis à l’ONU pour recueillir les commentaires du public montrent que les investissements des développeurs de projets ont été concentrés sur un petit nombre de secteurs, notamment la capture des fuites de gaz sur les pipelines, le changement de combustible dans l'industrie lourde, l'efficacité énergétique, la réduction des émissions des puissants GES émis par la production des réfrigérants, la biomasse et la réduction de l'oxyde nitreux.
La Russie, qui est le plus gros émetteur de GES du continent européen, a également tenté d’accélérer les investissements dans ces secteurs par le biais d’un système de quotas annoncé à la fin de l’année dernière.
Le pays va plafonner la délivrance d'URE à 300 millions d'unités au cours de la période 2008-2012.
Avec 205 milions de crédits, le secteur de l’énergie (notamment le pétrole et le gaz, les centrales électriques et les gros utilisateurs d’électricité tels que les secteurs de la métallurgie et de la pétrochimie) s’est vu attribuer l’enveloppe la plus importante.
Bien que le gouvernement russe n’ait pas été explicite quant à la façon dont le système de quotas sera géré, des observateurs laissent entendre que si les quotas sont atteints, ils risquent d’être relevés ou supprimés.
Une autre question préoccupe les investisseurs. Les vérificateurs nommés pour mesurer et vérifier les projets auront-ils assez de personnel, une fois les projets en cours d’exploitation, pour répondre à la demande ? Le problème est devenu particulièrement grave pour le MDP, en particulier en Chine, qui est de loin la destination la plus importante pour les investissements visant à produire des crédits carbone
Cependant, même si l’agence onusienne nommée pour gérer le marché de la MOC (le Comité de supervision de la MOC ou CSMOC) pense qu’il y aura assez de vérificateurs (appelés « entités indépendantes accréditées » dans le jargon officiel), « cela prendra du temps », prévient Maurits Blanson Henkemans, un représentant néerlandais qui siège au CSMOC.
Dans le même temps, la Russie pourrait rapporter gros aux acheteurs qui sont arrivés tôt sur le marché et ont conclu des transactions sur des projets qui ont de bonnes chances d’arriver à des résultats. La grande question pour les investiseurs est de savoir si ces projets apportent bien une additionnalité par rapport au scénario « au fil de l'eau » .
« Dans les projets qui permettent de limiter les fuites de gaz des pipelines, on pourrait faire valoir que les développeurs font quelque chose qui est de toute façon lucratif, étant donné l'augmentation des prix du gaz », estime un acheteur de crédits carbone qui a étudié les opportunités d’investissement en Russie.
Alexey Kokorin, responsable du programme climat et énergie de WWF en Russie, considère que deux types de projets pourraient tout particulièrement être incapables de démontrer leur additionnalité, c’est-à-dire un surplus par rapport au scénario au fil de l'eau.
« Je pense que les projets sur les fuites de méthane et le torchage de gaz (utilisation du gaz associé) semblent presque « non-additionnels »... ils auront des problèmes avec le CSMOC", ajoute-t-il.
Jusqu’ici, seuls deux projets ont été soumis à l’approbation finale de l'ONU. Le CSMOC a approuvé un projet de cimenterie en Ukraine, mais a rejeté un projet hydraulique en Bulgarie.
Le monde doit mettre en place un mécanisme international efficace pour le transfert de technologies afin de limiter le changement climatique, estime Yvo de Boer, le responsable du Secrétariat de la CCNUCC, qui s’exprimait lors d’une conférnce internationale le 24 avril dernier.
Le Secrétaire exécutif de l’agence onusienne a précisé qu’un tel nouveau mécanisme devait « comprendre la suppression des obstacles aux ressources financières prévisibles et assurer la fourniture de ces dernières, et également prévoir d’autres mesures incitatives pour augmenter le niveau d’investissement dans les technologies environnementales dans les pays en développement. »
« Des initiatives du secteur privé faisant intervenir des technologies propres, par exemple la technologie du charbon « propre », pourraient-elles recevoir des subventions publiques pour mettre en place une technologie qui est même encore plus avancée, par exemple la capture et le stockage du carbone ? Ceci permettrait un transfert et une commercialisation accélérés des technologies », a-t-il indiqué.
Il a mentionné par ailleurs le programme stratégique du Fonds pour l’environnement mondial et différents fonds multinationaux proposés par les pays en développement parmi les éléments qui pourraient figurer dans un nouvel accord international sur le changement climatique qui entrerait en vigueur après la première période d'engagement du protocole de Kyoto.
Selon le journal China Daily, le ministre chinois des Sciences et de la technologie, M. Wan Gang, a estimé lors de la conférence que le transfert de technologies vers les pays en développement dans le cadre de la CCNUCC et du protocole de Kyoto avait été « très lent ».
« En fait, peu de progrès ont été faits dans les négociations sur les transferts de technologie » a-t-il affirmé.
« La technologie a besoin d’une impulsion révolutionnaire », a admis M. de Boer, en soulignant que celle-ci devrait être apportée par la CCNUCC, et que les négociations sur la seconde période d’engagement de Kyoto (qui devrait être finalisée à Copenhague en décembre 2008) pourraient apporter certaines réponses.
« Il est urgent de connaître les dispositions qui devraient effectivement figurer dans l’accord de Copenhague pour libérer la totalité du potentiel de la technologie », a ajouté Y. de Boer.
Le MDP a été lancé pour accélérer le transfert de technologies des pays riches vers les pays pauvres, et pour générer en retour des crédits carbone pour les pays développés qu’ils peuvent utiliser à des fins de conformité avec leurs objectifs dans le cadre du protocole onusien.
Y. de Boer a indiqué que quelque 39 pour cent de l’ensemble des projets MDP à ce jour (représentant environ 64 pour cent des réductions des émissions réalisées dans le cadre du mécanisme) déclarent faire intervenir un transfert de technologies.
« Toutefois, même si le MDP peut répondre à certains problèmes liés au marché, d'autres mécanismes sont nécessaires pour permettre une coopération entre gouvernements et la mise en place d’approches sectorielles », a précisé le secrétaire exécutif de la CCNUCC.
« Il me semble tout à fait évident que le financement et les technologies sont des éléments essentiels. Le défi consiste maintenant à rédiger ces quelques paragraphes, courts et précis, qui nous aideront à effectuer le virage qui s’impose maintenant », a-t-il conclu.
Y. de Boer et W. Gang s’exprimaient dans le cadre des deux journées du Forum international sur les changement climatiques et l’innovation en sciences et technologies de Pékin. L’événement a été parrainé par différents ministères chinois et agences onusiennes, et a rassemblé plus de 600 délégués de plus de 30 pays et régions.
Le gouvernement ukrainien a abandonné l’idée d’imposer un prix plancher pour les crédits carbone émis au titre des projets de réduction des GES dans le pays. Cette décision a reçu un accueil mitigé auprès des acheteurs sur un marché dont le développement est entravé par des contraintes administratives, ce qui a conduit au faible nombre de projets approuvés.
Selon un décret gouvernemental publié au début du mois, une décision du 30 janvier prise par le Premier ministre ukrainien, Yulia Tymoshenko, a maintenant été abrogée.
Aucun membre du gouvernement ukrainien n’a souhaité commenter ce changement, mais un participant au marché carbone a indiqué qu'un prix plancher aurait probablement été très difficile à mettre en œuvre dans les faits.
« C’est un soulagement pour les acheteurs. On ne sait pas dans quelle mesure un prix plancher pourrait affecter les contrats existants et les futurs contrats. Je suis content que ce projet soit annulé, parce que cela nous donne plus de souplesse et de certitudes », estime un acheteur de crédits carbone travaillant pour une importante compagnie électrique européenne.
« Je pense que les Ukrainiens voulaient obtenir les conditions les plus favorables pour leurs entreprises. Mais le gouvernement s’est probablement rendu compte par la suite qu’il introduisait ainsi une incertitude sur le marché ».
Néanmoins, l’acheteur reconnaît que, de toutes façons, les projets ukrainiens les plus intéressants avaient réussi à obtenir des prix plus élevés que n’importe quel prix plancher. Toutefois aucune précision n'a encore été divulguée sur le chiffre que le gouvernement ukrainien aurait voulu comme minimum.
Un autre acheteur de crédits carbone de la MOC, Ash Sharma de Nefco (un fonds qui rassemble des crédits de projets de réduction des GES dans la région), a indiqué que le prix plancher aurait pu rendre l’Ukraine moins attrayante que la Russie.
Ce grand voisin de l’Ukraine a au cours des derniers mois approuvé les principaux textes de loi nécessaires à la mise en œuvre de projets MOC, et il a donné son agrément en tant que pays hôte à certains projetsleur permettant de passer à l’étape de la validation officielle ou « détermination » par le CSMOC.
Selon un communiqué publié le 17 avril sur le site web du ministère norvégien des finances, 80 projets MDP, représentant un volume de 90 millions de crédits carbone, ont été soumis à la Norvège dans le cadre d’un appel d’offres qui s’achevait le 31 mars.
« Les réponses reçues à la première date limite pour les soumissions, à savoir le 31 mars 2008, constituent un très bon résultat. Un total de 80 projets, avec un volume de 90 millions d’URCE, dont plus de 40 millions d’URCE avec livraison pendant la première période d’engagement du protocole de Kyoto, ont été proposés », indique le communqué.
Le ministère a indiqué que les chiffres ne comportaient pas les offres pour lesquelles les volumes n’avaient pas encore été précisés.
« Le ministère analyse actuellement les soumissions et compte parvenir à des accords d'ici la fin du mois de mai », précise le communiqué, ajoutant que la prochaine date limite de soumission des offres est le 31 mai.
